Le dogme du mérite mathématique




Le tournant décisif dans l’histoire de la sélection scolaire s’opère en France à la fin du XVIIIᵉ siècle, avec la fondation de l’École Polytechnique en 1794. Ce moment marque l’instauration d’un modèle inédit : celui où la performance mathématique devient le critère exclusif d’accès à une élite d’État, via le système des « Concours ». Ce choix, loin d’être neutre, érige les mathématiques en instrument de tri social, conférant à cette discipline une fonction politique et institutionnelle majeure.


Ce modèle méritocratique, fondé sur l’abstraction et la compétition, s’est ensuite diffusé bien au-delà des frontières françaises. Dans plusieurs pays anciennement sous administration coloniale — tels que le Maroc, la Tunisie ou le Sénégal — il a été intégré au cœur des systèmes éducatifs, notamment à travers les classes préparatoires et les grandes écoles. Cette transplantation n’a pas seulement reproduit des structures pédagogiques : elle a reconduit une vision élitiste de l’excellence, où la maîtrise des mathématiques conditionne l’accès aux fonctions dirigeantes.


Aujourd’hui encore, dans ces nations comme en France, l’excellence mathématique demeure le pivot institutionnel de la sélection. Elle façonne les trajectoires sociales, oriente les carrières, et perpétue une logique de hiérarchisation fondée sur des critères cognitifs étroits. Ce constat interroge : comment une discipline censée ouvrir à la compréhension du monde est-elle devenue le verrou d’un système de reproduction sociale ?


Extrait du nouvel ouvrage Le Mur des Nombres : Briser le dogme de la sélection pour une mathématique de la liberté 


Auteur : Farid Mita 

Ex-formateur des enseignants des mathématiques de l’enseignement secondaire collégial et qualifiant au CRMEF de Safi 

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